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11 excuses pour gagner de l’argent sur le dos de votre santé...

Medi-Market en remet une sacré couche !

Les médicaments ne sont pas des biens de consommation. C'est du moins ce que veut vous faire croire Medi-Market sous le couvert de son projet de « démocratisation de l'expertise santé ». En réalité, cette initiative n'est rien d'autre qu'un plaidoyer en faveur d'une déréglementation totale de la concurrence et de la publicité afin de pouvoir vous vendre un maximum, que cela soit bon pour votre santé ou non. Au passage, ils oublient également de vous préciser que cette « démocratisation » se fera au détriment des pharmacies proches de l'habitat, accessibles à l'ensemble de la population, et de la qualité de l'accompagnement et du suivi des patients. Qu'à cela ne tienne : il faut pouvoir inciter à la surconsommation, décréter l'obsolescence de la déontologie et réduire la question de l'accessibilité au seul facteur « prix »… Mais comment osent-ils lancer de telles affirmations sans sourciller ?

Pour donner fière allure à sa stratégie mercantile, la société Medi-Market a cru bon de « démontrer » par le biais d'une enquête que les médicaments en délivrance libre sont trop chers en Belgique. C'est qu'ils aimeraient tant vous en vendre le plus possible – que vous en ayez besoin ou non – pour maximaliser leurs bénéfices… Point ! Présenter cela comme une « démocratisation », c'est trompeur et hypocrite. Et formuler onze « propositions constructives » n'est rien d'autre qu'une manœuvre de marketing et de lobbying. Qu'un millier de Belges répondent « oui » quand vous leur demandez si quelque chose est trop cher, cela n'a rien de très surprenant. Vous pourriez aussi leur demander s'ils souhaitent gagner plus ou payer moins d'impôts. Je vous parie qu'une majorité statistiquement significative répondra par l'affirmative. Nul besoin de mener une enquête validée scientifiquement pour cela. Bref, de la poudre aux yeux !

La santé et les médicaments ne sont pas de simples biens de consommation. Si cette affirmation ne souffre aucun doute, d'aucuns estiment manifestement nécessaire de la remettre sans cesse en question, soit par appât du gain, soit par opportunisme politique. L'accès aux soins de santé est un droit de l'Homme et donc une responsabilité sociétale collective. On ne peut le laisser au bon vouloir du marché libre, car celui-ci, comme nous le savons tous, encourage le consumérisme. D'ailleurs, les soins de santé ne constituent pas un marché libre car il existe – heureusement ! – une série de règles légales et déontologiques visant à prévenir ou à tout le moins circonscrire les risques d'abus vis-à-vis des personnes souffrant de problèmes de santé. N'oublions pas non plus que l'assurance maladie dépense chaque année des milliards en santé publique, et ce sur la base de la solidarité. Les pouvoirs publics ont pour obligation morale de garantir ce droit à la santé et cette solidarité dans l'assurance maladie.

Les produits d'automédication, les compléments alimentaires et les dispositifs médicaux ne font pas partie de ce système solidaire, disent-ils ? Ce qui voudrait d'office dire que seuls la concurrence et le prix comptent ? Une telle approche mercantile est irresponsable. Car le risque d'un usage inapproprié des médicaments est bien réel. Insuffisamment réglementée, la vente de médicaments peut avoir des conséquences graves pour la santé des usagers. Pensez aux risques du paracétamol, cet analgésique et fébrifuge très utilisé, mieux connu sous les noms de marque Dafalgan® ou Perdolan®. En cas de surdosage, sa toxicité aigüe peut causer des dégâts irréversibles au niveau du foie voire une issue fatale. Ou le dextrométorphane, cet antitussif courant susceptible de provoquer, dans des cas exceptionnels, un syndrome sérotoninergique, potentiellement mortel, s'il est utilisé en même temps que des médicaments courants tels que les antidépresseurs de la classe des ISRS. Ce ne sont là que deux exemples parmi d'autres.

Les soins de santé doivent rester financièrement accessibles pour tous : c'est, et cela doit rester un objectif prioritaire. S'y atteler au détriment du conseil, de l'accompagnement et du suivi, c'est porter atteinte à la santé publique. C'est prendre des risques inconsidérés ! Surconsommer des produits à bas prix n'entraîne d'ailleurs pas de diminution des coûts. Favoriser les « pharmacies-supérettes » commerciales ou la livraison à domicile n'est pas non plus une opération gratuite, et ce, sans compter son impact négatif sur l'environnement. Donner sciemment une présentation partiale des faits n'est pas seulement malhonnête d'un point de vue intellectuel, c'est aussi, dans ce cas-ci, moralement répréhensible. Et je ne peux me défaire de cette impression que ceux qui présentent ainsi ces « faits » aux médias sont plus motivés par leur compte en banque que par la santé publique ou la qualité de vie de leurs clients. Ne soyez donc pas dupes !

Lieven Zwaenepoel, Président de l'APB


 

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