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La foire aux masques: les pharmaciens mis hors-jeu!

Article publié 04-05-20

​Nous l’avons lu comme vous dans les médias: les masques chirurgicaux dans les supermarchés et la réduction du taux de TVA sur les équipements individuels de protection. Nous le pressentions et l’avions écrit dans notre dernière APBnews. Après avoir proposé un plan solide pour une distribution ordonnée (avec l’ANGR), efficace et qualitative des masques pour le grand public, les pharmaciens se sont fait une nouvelle fois mener en bateau. 

Les faits
Le 23 mars, le ministre des Affaires économiques prend un arrêté afin d’endiguer le risque de pénurie d’équipements individuels de protection… La distribution au détail est limitée au seul canal de la pharmacie et uniquement disponible sur la base d’une “prescription d’un professionnel" de la santé (dont le pharmacien). A peine une semaine plus tard, les gels et solutions hydroalcooliques sont barrés de la liste, à notre grand étonnement. Et maintenant les masques chirurgicaux (mais pas les FFP2 ni les autres équipements de protection). 

Jeudi 30 avril a eu lieu au Parlement un débat sur la réduction du taux de TVA pour ces équipements avec mise en œuvre rapide – au demeurant, ceci n’est pas une mauvaise idée vu la nécessité de ces produits, mais… Aujourd’hui, cette mesure sera très certainement publiée au Moniteur belge et le tarif de 6% devra s’appliquer immédiatement. Et tout ça, sans concertation ni préparation. Vous serez donc amenés à devoir modifier manuellement le taux de TVA pour ces produits de 21 à 6 % et à adapter leur prix public en conséquence.

Une mesure rapide donc… Manifestement, quand on veut… Et pendant ce temps, les pharmaciens et leurs équipes, comme prestataires de soins de (toute) 1e ligne, attendent toujours leurs équipements individuels de protection. Et voilà que nous apprenons que nous devrons sans doute tirer notre plan!

Notre position et notre travail en coulisse
Ce que nous pensons de la distribution des masques est bien connu et nous l’avons fait, avec l'Ophaco, connaître à plusieurs reprises au travers d’une note de position... Bien sûr, nous ne sommes pas restés inactifs. Le jeudi 23 avril, le gouvernement nous contactait parce qu’il allait acheter un stock important de masques issus de la grande distribution et qu’il souhaitait que nous le distribuions à la population d’une manière équitable, responsable et graduelle. Ceci émanait d’une décision du kern du 22 avril.

Nous avons élaboré un plan en concertation avec les grossistes-répartiteurs, les associations de patients et les autorités afin de distribuer rapidement des masques chirurgicaux certifiés à la population avec les conseils de bon usage adéquat. Cette distribution comprenait également, comme cerise sur le gâteau, l’enregistrement, le contrôle et le monitoring national via le DPP. 48 heures plus tard, le samedi 25 avril, tout était mis sur la table des autorités. Ces masques devaient encore être achetés par l’Etat auprès de Comeos…

Ensemble, nous devons conclure aujourd’hui qu’il a finalement été décidé de ne pas faire appel aux pharmaciens. 

Depuis ce week-end, les membres de Comeos jouent les “sauveurs de la nation”. Ils ont pourtant menacé de vendre des dizaines de millions de masques à l’étranger (et certains l’ont sans doute fait) au lieu de les vendre aux autorités belges, et ce, tant qu’un arrêté ministériel limiterait en Belgique le canal de distribution de ces masques aux seules pharmacies. Le gouvernement a donc fini par céder au chantage et on peut de nouveau s’attendre à une ruée dans les rayons, du surstockage et du gaspillage de ces moyens rares. Les masques chirurgicaux vont-ils devenir le nouveau papier toilette? 

Avoir le stock de masques en Belgique -plutôt que le voir filer dans un autre pays européen- était plus important que le canal de distribution. Quitte à passer au bleu l'impact potentiel négatif qu’un mauvais usage peut avoir sur le contrôle de l’épidémie et le fait qu'une partie de la population la plus fragile sera simplement oubliée. Sans compter les masques en tissu et les filtres qui devront être distribués via les villes et les communes ou encore l’obligation de porter quelque chose -un foulard, à défaut de mieux- devant le visage dans les transports en commun... 

Et maintenant?
Différentes autorités locales choisissent la qualité qu’offrent les pharmaciens d’officine. Les pharmacies continueront à distribuer et/ou vendre des masques chirurgicaux ou en tissu aux citoyens, mais avec des conseils et une valeur ajoutée. Vos patients le savent.

Apparemment, cette reconnaissance et ce soutien, nous ne les trouverons pas auprès de ce gouvernement fédéral, cela semble clair. Nous continuerons sans aucun doute, comme toujours, à nous débrouiller et à être là pour les gens. 

Les nombreuses réactions que nous avons reçues de nos membres montrent clairement que la coupe est pleine. On pense aux pharmaciens lorsqu’on a besoin d’eux pour régler le risque de pénurie et contrôler les gens, puis on les laisse tomber quand les problèmes de stocks semblent s’éloigner. Sans doute, la défense d’intérêts à court terme rapporte plus qu’une attitude constructive et proactive. Et l’oreille attentive à certains lobbies importe plus qu’une gestion sûre et planifiée de la distribution de matériel essentiel dans cette crise. Nous nous en souviendrons…



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